Concert des Lauréats des révélations classiques de l'ADAMI 2007 Salle Cortot à Paris
le 2 avril 2008.

Varduhi Yeritsyan au piano salle Cortot

La salle Cortot, ronde, complice, se pelotonne aux chaudes nuances de ses boiseries ; la scène forme un cocon protecteur qui s’ouvre en confiance au public. Elle me fait penser à ces bureaux anciens dont la marqueterie discrète apaise le regard et nous ferait presque croire qu’en posant un paquet de feuilles blanches et un stylo à plume sur le sous-main de cuir, on pourrait sans effort devenir Flaubert.

La jeunesse a toujours raison. Ce concert des Révélations Classiques 2007 de l’ADAMI en est une nouvelle démonstration : talent, volonté, travail se transcendent en musique. Chaque lauréat s’offre tout entier, mêlant inconscience et doute, force et fragilité, le culot la peur, l’ego le don de soi, toute l’ambivalence de la jeunesse, ce présent en devenir.

Tous et chacun, de cette diversité se dégage l’unité : chacun son instrument, son style, sa personnalité, tous la même envie, le même bonheur de vivre et de faire vivre la musique. Huit lauréats, trois parrains, anciens lauréats, venus les épauler, les encourager et leur montrer le chemin, celui parcouru comme celui qui reste à parcourir.

Rarement une soirée ne m’a à ce point ragaillardi : quoi, après tout, le monde n’est pas si désespérément vieux qu’une poignée de jeunes gens, armés de passion et d’amour ne puissent en faire jaillir encore du bonheur et de la beauté !



Emmanuel Rossfelder guitariste
Emmanuel Rossfelder (parrain)
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Ce grand type costaud, regard franc, volontaire, berce d’infinie délicatesse une guitare, comme une enfant trouvée au porche d’une église andalouse et qui reprendrait vie du rythme subtil de ses caresses. La nuit de Séville ou de Grenade nous réchauffe, nous emporte et nous enivre d’amour et de passion. Quoi de mieux pour ouvrir la voie à de jeunes musiciens ?


Varduhi Yeritsyan
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Varduhi Yeritsyan pianiste

Ma pianiste préférée a encore été éblouissante. Prokofiev lui va comme un gant, c'est presque de la triche tant cette musique colle à sa personnalité.
Et que dire de Ravel, complètement revivifié, elle lui a injecté une telle dose de jeunesse qu'il a dû, dans sa tombe, esquisser un pas de danse...


Benoît Arnould baryton-basse
Benoît Arnould

Baryton élégant, policé, voix de bronze liquide, flot puissant, contrôlé, qui tout à coup peut se glacer et d’une colère brutale signer l’arrêt de mort du rival, révélant la vérité nue du désir et de la haine au plus profond de la musique.


Aurélienne Brauner
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Aurélienne Brauner violoncelliste

La jeune femme semble d’abord se dissimuler derrière la féminité du violoncelle. Puis les vibrations montent du ventre rond de l’instrument vers l’interprète, elle incline légèrement la tête en arrière, les yeux fermés vers le ciel, elle s’élève, s'oublie, devient sa musique et nous entraîne vers une lointaine plénitude.


Mathias Vidal ténor
Mathias Vidal
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Le ténor ténu terrible. Petit, l’œil noir, concentré de puissance, le monde n’a qu’à bien se tenir ! Du regard inflexible et du jaillissement irrésistible de la voix il l’obligera à s’avouer vaincu, submergé par la beauté née de sa seule volonté.


Amanda Favier (marraine)
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Amanda Favier violoniste

Dépositaire d’un précieux violon prêté par l’ADAMI, elle nous enchante de sa grâce et de sa maîtrise. Elle a l’élégance de paraître simplement laisser s’épanouir la sonorité, elle a l’audace de glisser de Bach à Bacri, passé présent, tissant en riche contrepoint les siècles de l’instrument et ses quelques printemps, la patine du vernis et la fraîcheur de son sourire.


Olivier Rousset hautboïste
Olivier Rousset

Ah, le hautbois ! Le fétiche, la mascotte, le plus fragile, le plus désarmant des instruments, servi par la concentration, l’énergie, presque la souffrance que ce jeune homme consacre à chaque son, son souffle transmue la difficulté en grâce, son corps se libère et de sa danse il fait jaillir le pur esprit de la musique.


Marc Scoffoni (parrain)
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Marc Scoffoni baryton

Quel meilleur parrain imaginer ? Lauréat il y a quelques mois encore, le voici artiste accompli. Brillant, charmeur, audacieux, il associe une voix parfaitement maîtrisée à une incroyable présence sur scène, capable de provoquer le rire et l’émotion, la complicité et l’admiration, espiègle, cabotin, sensible, une merveille !


Joanna Malewski soprano
Joanna Malewski

Comment décrire une soprano ? Jeune, belle, toute en réserve, elle se révèle dès que sa voix prend de l’ampleur, pure, forte, vraie, une voix d’Antigone, qui brise les apparences et les artifices pour chercher la seule réalité qui vaille, celle de l’amour.


Julien Szulman
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Julien Szulman violoniste

Un grand moment. La chaconne de Bartok fige le temps dans la salle Cortot suspendue, les secondes se mettent au rythme heurté de cette musique d’ailleurs, le jeune violoniste semble envoûté, on ne sait si c’est le musicien qui transcende les notes ou la musique qui sublime l’interprète, tout devient fusion, unité vraie de la beauté.


Juliette Mars mezzo-soprano
Juliette Mars

Son duo avec Marc Scoffoni est époustouflant. Elle, toute en raffinement, retenue, fausse froideur, voix souple, passion affleurant sous le contrôle apparent, lui enjôleur, rieur, mutin, entreprenant. Leur danse amoureuse, cet éternel jeu de la séduction magnifié par Mozart, la peur de se risquer aussitôt masquée par l’humour, la gravité d’un possible engagement dissimulée dans le marivaudage, tout cela se conjugue dans la remarquable complicité de leurs voix et de leur jeu de scène. Je suis comme tout le public, encore, encore, encore !




Ces jeunes gens sont accompagnés d’une remarquable pianiste, Sophie Teulon, toute en discrète présence et chaleur. Le spectacle est présenté par Gaëlle Le Gallic qui sait mettre à l’aise avec simplicité chaque musicien.

Et si vous ne trouvez pas le temps d’assister à ce spectacle, c’est probablement que votre vie entière est consacrée à faire tourner la planète dans le bon sens et que vous ne sauriez vous dérober un seul instant à cette indispensable tâche …

Philippe Banquet.