Concert de Varduhi Yeritsyan et Henri Demarquette au château d'Ancy-le-Franc
le 7 septembre 2008.


Le château d'Ancy-le-Franc

Il faut travailler sa géographie.

L’autre soir, mon amie Elizabeth me dit : « Et si nous allions au concert de Varduhi, dimanche après-midi, à Ancy-le-Franc, dans l’Yonne ? ». Comme ça. Tout à trac. J’ai failli en avaler mon café de travers : dans l’Yonne, un dimanche, et pourquoi pas sur la lune ?
Quand même, l’idée fait son chemin, je ne suis pas si obtus (enfin, de mon point de vue). A tout hasard je consulte Google et je tombe sur un morceau de carte de France.
« Va pour le concert, dimanche, après tout c’est Varduhi et c’est dans un château magnifique, paraît-il. » Elizabeth est contente, moi aussi, belle promenade en perspective.

Voyez, petits et grands, comme il est judicieux d’étudier la géographie : on y apprend, incidemment, que non loin d’Ancy-le-Franc se trouve une modeste bourgade qui porte le nom timide et charmant de Chablis. Vive la musique, bien sûr, mais s’il reste un peu de temps, peut-être pourrons nous apporter notre soutien à ces remarquables instrumentistes de nez et de bouche : les vignerons.

Deux Henri, dont un trois, au château.

Ayant réussi à extirper Elizabeth d’un chai poussiéreux mais riche en aimables bouteilles qu’un vieillard malcommode voulait à toutes forces emporter dans sa tombe, je parviens enfin au château. Ah la Renaissance, quand elle marie l’élégance italienne à la rigueur française, une architecture lumineuse posée au creux des coteaux, une merveille.

Le concert a lieu dans la Salle des Gardes, au pied d’une cheminée surmontée d’un portrait d’Henri III à cheval. Pour ce roi fut redécorée une aile du château, mais il n’y vint jamais. S’il avait su qui jouait aujourd’hui, il aurait moins fait son fier, sûr que Varduhi l’aurait enthousiasmé de sa fougue et de sa vivacité, Henri Demarquette, au violoncelle, l’aurait envoûté de sa virtuosité tranquille et de sa subtile autorité. D’ailleurs il me semble bien avoir aperçu comme un frémissement de Sa Majesté dans le temps suspendu d'après le final de la Sonate Arpeggione de Schubert.

Le charme discret de la douce province.

Que demander de plus : paysage velouté par la lumière du dernier soleil d’été, lignes d’épure d’un château tracé plus que bâti, complicité épanouie de Varduhi et d’Henri dans leur musique, admirable Schubert, audacieux Borodine, le public ne pouvait qu’être conquis.

Après le concert, emporté par mes rêveries, je suis la foule enchantée qui vient se couler autour d’une table chargée de verres et de bouteilles : une dégustation de Chablis qui nous offre en point d’orgue la finesse de son blanc parfumé et complice.

Non, décidément, ce pays n’est pas prêt à se fondre tout à fait dans la médiocrité globale du monde que certains nous annoncent.

Philippe Banquet.

Plus d'informations :

Site du château
L'association MUSICANCY qui organise les concerts.